DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE ILLUSTRÉ de L'ACADÉMIE DE PHILATÉLIE
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PURIFIÉ
Guy DUTAU
La désinfection du courrier fut soumise à des lois et règlements qui évoluèrent avec le temps et qui illustrent les relations étroites entre l’acheminement désinfection des lettres 1.
La définition du mot “purifiée” figure dans le dictionnaire philatélique et postal : “Se dit d’une lettre en provenance d’une région touchée par une épidémie (peste, choléra, etc.) et qui a subi un traitement spécifique de désinfection (fumigations, vinaigre, etc.). Les lettres purifiées datent généralement des XVIIIème et XIXème siècles ”. Il existe des synonymes comme “désinfectée” ou “parfumée”. Les anglo-saxons désignent fréquemment sous le nom de “choleraletters” les lettres purifiées au moment des épidémies de choléra, en particulier celles de 1826-1837 qui atteindra son apogée, en France, à partir de 1832.
Les lettres purifiées
comportent des “marques
de désinfection”
également définies dans le dictionnaire philatélique et postal :
“Les marques de purification que nous pouvons trouver sur les lettres sont de
deux natures bien différentes. Il peut s’agir de :
1) Traces laissées par les différents procédés de purification utilisés
autrefois, par exemple : perforations, incisions du papier en vue de
fumigations, décoloration du papier par immersion dans le vinaigre. Ces
désinfections étaient pratiquées dans des établissements sanitaires appelés
lazarets qui, en France, étaient généralement placés dans les ports, le plus
souvent en Méditerranée.
2) Marques en principe administratives attestant que la purification a bien
été faite : ce sont aussi bien des mentions manuscrites que des empreintes de
timbres très divers”.
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Pli de Constantine du 25 janvier 1838 durant
l’épidémie de choléra pendant la prise de la ville. |
1. Avant 1830. La désinfection des lettres ne représente qu’une des mesures prises, parmi d’autres (quarantaine des personnes et des biens), pour se prémunir contre la peste. En France, il n’existe pas de griffe de désinfection avant 1830, sauf les deux cas particuliers de Gênes (1813) et de Livourne (1813-1814) pendant l’époque napoléonienne.
2. Après 1830. La peste s’éteint et le danger vient surtout du choléra. Les marques de désinfection (timbres et mentions manuscrites) se multiplient : elles sont nombreuses et très diverses dans les Anciens États Italiens et dans l’Empire Autrichien. Bien que le courrier ait été désinfecté en Espagne, on ne connaît pas de griffe de purification. Relativement fréquentes en Italie, les mentions manuscrites de purification sont très rares en France.
Avant 1830 (et même après), les plis originaires du Levant (Empire Ottoman, Dalmatie, Îles Ioniennes) sont considérés a priori comme suspects de peste étant donnée la forte endémie et les nombreuses épidémies qui sévirent dans ces régions. Ils sont désinfectés à Marseille avant leur entrée dans le territoire français : immersion dans le vinaigre sans entailles. La fermeture latérale partielle (non occlusive) par un cordonnet ou un fer de lance (“nizza”) permet au liquide “purificateur” de pénétrer plus ou moins facilement dans le pli 3.
L’épidémie de peste d’Afrique du Nord (1784-1787), très meurtrière, fut un évènement important qui entraîna un durcissement des mesures sanitaires au lazaret de Marseille. En cas de patente nette ou touchée “ l’équipage en quarantaine devra percer les paquets et enveloppes avec des instruments en fer propres à cette opération avant de les passer au parfum ou de préférence au vinaigre ” (1).
À l’aide d’un ensemble de plis désinfectés et de documents que le visiteur trouvera dans les vitrines, l’auteur donne un aperçu de la désinfection des lettres en France et, aussi, des procédés semblables (ou différents) utilisés dans les pays limitrophes, en particulier les anciens États Italiens. Les lettres désinfectées sont très appréciées et étudiées dans les Pays anglo-saxons et en Italie où de remarquables études ont été (et sont) réalisées. En France, Marino Carnevalé-Mauzan en a publié une monographie de référence (4) (voir note).
1. Dutau Guy. "La désinfection des lettres en France". Belgica 2001,
Catalogue de l’Exposition : p. 77-84.
3. De Zanche Luciano. "Storia Della Disinfezioni Postale in Europea E Nell’area
Mediterranea". Pubblicato a spese dell’Autore, Via Tartini 3, 35128, Padova,
1997 (p. 21-29).
4. Carnévalé-Mauzan Marino. "La purification
des lettres en France et à Malte". Imprimerie Louis-Jean, Gap, 1960, 1
volume 75 pages.
Note
La purification des lettres a donné lieu à des ouvrages auquel le lecteur pourra
se reporter avec profit :
- “Documenti Sanitari”
(Carlo Ravasini, 1958),
- “The
Disinfected Mail”
(K.F. Meyer, 1962),
- “Bolli
e Documenti di Sanità Dell'area Italiana”
(Associazione Italiana di Storia Postale, 1981),
- “Storia
Della Disinfezione Postale in Europa Nell'area Mediterranea”
(Luciano De Zanche, 1997), et
-
“Contagio” (Andrea W. D’Agostino, 1999).
Un cercle d'études international, “The Disinfected Mail Study Circle”
publie depuis une vingtaine d’années un Bulletin très documenté intitulé “Practice”
(Éditeur V. Denis Vandervelde,
vdvpratique@aol.com
).
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